THE BIG SHAKE

Swann

Swann

Elle s’est choisie un surnom qui sent la madeleine et le thé au jasmin, les acacias en fleurs et les élégances surannées des salons de la noblesse d’Empire. De Proust, Swann n’a pourtant conservé dans ses chansons que les parfums les plus âcres et la précision vénéneuse, ses madeleines à elle ayant plus volontiers goût de banane, celle du premier Velvet découvert parmi d’autres « poisons » dans la discothèque de parents mélomanes, alors qu’elle n’avait pas encore l’âge requis pour s’exposer à de telles irréversibles radiations. Résultat, à 23 ans elle possède déjà une voix de femme fatale, Nico et Lou Reed à elle seule, patinée des mille et une vies qu’elle n’a pas encore vécues, imprégnée de ce désenchantement gracieux des cowgirls qui ont le blues et de la gravité sensuelle des Patti, Amy ou Cat Power. Surtout, Chloé – son vrai prénom – semble appartenir dès son premier album à ce cénacle ultra fermé des fauteuses de troubles et de grands frissons.